Conférence "L’art moderne et les avant-gardes (1848-1968) : tenter une autre histoire, transnationale et sociale".

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L’histoire de l’art moderne ressemble à un progrès linéaire, guidé par des artistes d’exception (mâles pour la plupart) indépendants des logiques politiques, marchandes, politiques, sociales, ethniques, religieuses, et des pratiques plastiques dominantes en leur temps. Ce récit a été remis en question par les mouvements féministes et postcoloniaux qui ont poussé à intégrer au canon moderniste de « nouveaux » artistes femmes, latino-américains etc. Mais on n’a pas proposé de récit général alternatif à ce canon, dont on peut même dire qu’en avalant de nouveaux marginaux il s’est renforcé. Il devient urgent d’écrire d’autres synthèses, différentes de l’hagiographie moderniste, mais qui restent aussi des histoires, que l’on retient, qui soient convaincantes, narratives, et sur longue période, incluant les fameuses « périphéries » autant que les « centres », et relativisant ces hiérarchies. Non seulement ce récit doit remettre en question le canon moderniste et ses iniquités, mais il devrait aussi aider à comprendre comment le canon a pu s’imposer comme évident.
Changer la méthode et les questions du travail historien peut être une stratégie. La mienne –qu’ il faut assumer située, personnelle, et limitée – commence par renoncer à l’individualisme méthodologique « redécouvreur » ; elle commence la recherche, comme y invitait l’École des Annales, par des échelles longues et larges, sur le temps (long-terme) et l’espace (mondialisé) ; puis elle passe à des échelles médianes (approche sociale, étude des groupes, reconstitution des marchés et des circulations artistiques, études de transferts culturels) ; avant de s’intéresser aux cas particulier et aux œuvres d’art, qui souvent prennent un autre visage à la lumière des deux premières approches. Elles permettent de tenter un autre récit de l’art moderne et des avant-gardes, dont l’objet principal est l’histoire du champ international de l’art moderne. Les acteurs de ce champ ne sont pas des génies solitaires mais les agents plus ou moins habiles d’une grande géopolitique mondiale de l’art où les stratégies d’exposition, l’argent, la politique, les réseaux, les institutions, les questions d’origine sociale, les amitiés et les trahisons comptent autant que les questions esthétiques. Les deux premiers volumes de ce travail, une trilogie sur l’art moderne jusqu’aux années 1960, ont été publiés en français, au format de poche, chez Gallimard : Les avant-gardes artistiques : une histoire transnationale (volume 1 : 1848-1918 , paru en 2016 ; volume 2 : 1918-1945, paru en 2017). Un troisième et dernier volume (1945-1968) est à paraître. Cette conférence se propose de montrer les « dessous » de la démarche qui a conduit à les écrire, d’en expliciter les enjeux, et d’en présenter les résultats principaux, en particulier sur la question des centres et des périphéries de l’histoire mondiale de l’art.

Intervenant(s)

Béatrice Joyeux-Prunel est enseignant-chercheur à l’Ecole normale supérieure de Paris (ENS, Université Paris-Sciences Lettres), où elle travaille sur l’histoire des avant-gardes et l’internationalisation artistique, à partir de problématiques transnationales et sociologiques. Elle dirige Artlas (www.artlas.ens.fr), un projet de recherches qui développe des sources et des outils numériques pour l’histoire mondiale et sociale de l’art, et postdigital (www.postidigtal.ens.fr), un projet de réflexion sur les cultures numériques contemporaine. Publications représentatives : «Nul n’est prophète en son pays » ? L’internationalisation de la peinture avant-gardiste parisienne 1855-1914 (Paris, Musée d’Orsay / Nicolas Chaudun, 2009, Prix du Musée d’Orsay) ; L’Art et la Mesure. Histoire de l’art et méthodes quantitatives : sources, outils, bonnes pratiques (Paris, Editions Rue d’Ulm, 2010) ; Thomas Da Costa Kaufmann, Catherine Dossin et Béatrice Joyeux-Prunel (éd.), Circulations in the Global History of a Art (Londres, Routledge, 2015) ; et Béatrice Joyeux-Prunel, Les avant-gardes artistiques. Une histoire transnationale. Volume 1 : 1848-1918 (Paris, Gallimard, coll. Folio Histoire, 2016 – format poche, 950 pages) ; volume 2 : 1918-1945 (Paru en 2017, 1200 pages) ; volume 3 : 1945-1968 (1500 pages, à paraître en 2018).

Organisateur(s)

MMC (Centre de recherche Mondes Modernes et Contemporains)

Titre

Conférence "L’art moderne et les avant-gardes (1848-1968) : tenter une autre histoire, transnationale et sociale".

Identifiant

conference-art-moderne-avant-gardes-1848-1968-beatrice-joyeux-prunel

Type

Conférence

Date

05/03/2018

Texte

L’histoire de l’art moderne ressemble à un progrès linéaire, guidé par des artistes d’exception (mâles pour la plupart) indépendants des logiques politiques, marchandes, politiques, sociales, ethniques, religieuses, et des pratiques plastiques dominantes en leur temps. Ce récit a été remis en question par les mouvements féministes et postcoloniaux qui ont poussé à intégrer au canon moderniste de « nouveaux » artistes femmes, latino-américains etc. Mais on n’a pas proposé de récit général alternatif à ce canon, dont on peut même dire qu’en avalant de nouveaux marginaux il s’est renforcé. Il devient urgent d’écrire d’autres synthèses, différentes de l’hagiographie moderniste, mais qui restent aussi des histoires, que l’on retient, qui soient convaincantes, narratives, et sur longue période, incluant les fameuses « périphéries » autant que les « centres », et relativisant ces hiérarchies. Non seulement ce récit doit remettre en question le canon moderniste et ses iniquités, mais il devrait aussi aider à comprendre comment le canon a pu s’imposer comme évident.
Changer la méthode et les questions du travail historien peut être une stratégie. La mienne –qu’ il faut assumer située, personnelle, et limitée – commence par renoncer à l’individualisme méthodologique « redécouvreur » ; elle commence la recherche, comme y invitait l’École des Annales, par des échelles longues et larges, sur le temps (long-terme) et l’espace (mondialisé) ; puis elle passe à des échelles médianes (approche sociale, étude des groupes, reconstitution des marchés et des circulations artistiques, études de transferts culturels) ; avant de s’intéresser aux cas particulier et aux œuvres d’art, qui souvent prennent un autre visage à la lumière des deux premières approches. Elles permettent de tenter un autre récit de l’art moderne et des avant-gardes, dont l’objet principal est l’histoire du champ international de l’art moderne. Les acteurs de ce champ ne sont pas des génies solitaires mais les agents plus ou moins habiles d’une grande géopolitique mondiale de l’art où les stratégies d’exposition, l’argent, la politique, les réseaux, les institutions, les questions d’origine sociale, les amitiés et les trahisons comptent autant que les questions esthétiques. Les deux premiers volumes de ce travail, une trilogie sur l’art moderne jusqu’aux années 1960, ont été publiés en français, au format de poche, chez Gallimard : Les avant-gardes artistiques : une histoire transnationale (volume 1 : 1848-1918 , paru en 2016 ; volume 2 : 1918-1945, paru en 2017). Un troisième et dernier volume (1945-1968) est à paraître. Cette conférence se propose de montrer les « dessous » de la démarche qui a conduit à les écrire, d’en expliciter les enjeux, et d’en présenter les résultats principaux, en particulier sur la question des centres et des périphéries de l’histoire mondiale de l’art.

Intervenant(s)

Béatrice Joyeux-Prunel est enseignant-chercheur à l’Ecole normale supérieure de Paris (ENS, Université Paris-Sciences Lettres), où elle travaille sur l’histoire des avant-gardes et l’internationalisation artistique, à partir de problématiques transnationales et sociologiques. Elle dirige Artlas (www.artlas.ens.fr), un projet de recherches qui développe des sources et des outils numériques pour l’histoire mondiale et sociale de l’art, et postdigital (www.postidigtal.ens.fr), un projet de réflexion sur les cultures numériques contemporaine. Publications représentatives : «Nul n’est prophète en son pays » ? L’internationalisation de la peinture avant-gardiste parisienne 1855-1914 (Paris, Musée d’Orsay / Nicolas Chaudun, 2009, Prix du Musée d’Orsay) ; L’Art et la Mesure. Histoire de l’art et méthodes quantitatives : sources, outils, bonnes pratiques (Paris, Editions Rue d’Ulm, 2010) ; Thomas Da Costa Kaufmann, Catherine Dossin et Béatrice Joyeux-Prunel (éd.), Circulations in the Global History of a Art (Londres, Routledge, 2015) ; et Béatrice Joyeux-Prunel, Les avant-gardes artistiques. Une histoire transnationale. Volume 1 : 1848-1918 (Paris, Gallimard, coll. Folio Histoire, 2016 – format poche, 950 pages) ; volume 2 : 1918-1945 (Paru en 2017, 1200 pages) ; volume 3 : 1945-1968 (1500 pages, à paraître en 2018).

Heure

12h à 14h

Lieu

ULB - Campus du Solbosch
Bâtiment NA, niveau 4, salle NA4.302

Langue

Français

Inscription

Entrée libre, inscription souhaitée (mmc@ulb.ac.be)

Organisateur(s)

MMC (Centre de recherche Mondes Modernes et Contemporains)

Collection

Citer ce document

“Conférence "L’art moderne et les avant-gardes (1848-1968) : tenter une autre histoire, transnationale et sociale".,” Centre de Recherche Mondes Modernes et Contemporains, consulté le 26 mai 2018, https://mmc.ulb.ac.be/agenda/conference-art-moderne-avant-gardes-1848-1968-beatrice-joyeux-prunel.

Dernière mise à jour : 1 mars 2018.